Portrait de Romain Bardin, la passion d’abord !
Bonjour Romain. Dits-nous en plus sur toi ?
J’ai 30 ans, je suis classé 15. J’ai commencé à 12 ans. Je n’ai jamais été dans les meilleurs joueurs du département mais à force d’entraînement je suis parvenu à rattraper et dépasser les joueurs de ma génération au niveau départemental jusqu’à atteindre un niveau régional. Je joue en R2 depuis 10 ans. Mon fait d’armes est ma participation au niveau national 2 du critérium fédéral. Quand les planètes sont alignés, une récompense suprême peut aboutir après des années de travail. C’est un exploit que je souhaite à tous ceux qui s’entraînent durement à proportion de ses capacités.
Entre joueur et Président de club, il y a forcément un long chemin, décris nous ce parcours.
J’ai commencé à être bénévole dès 13 ans par l’aide à la confection de sandwich ou le coaching. Les dirigeants de Vierzon m’ont mis le pied à l’étrier. A 16 ans, j’entraîne les débutants en passant les différents diplômes jusqu’à entraîneur fédéral. A 19 ans, je suis secrétaire du club. Je développe le site internet, des vidéos, le service civique, des animations. En 2014, je débute mon travail à la ligue, cela décuple mon investissement. En 2017, je deviens président du club. Laurent Aelbrecht (ancien président de Vierzon) a su déceler et exploiter une fibre en moi mais rien n’était inné, l’engagement se construit progressivement.
Tu es entré au comité du Cher en 2016 sous la Présidence de Philippe Roger, quelle était ta motivation ?
Suite aux 50 ans du comité, un esprit fédérateur régnait au sein du comité et pour qu’il perdure ma motivation était de retracer l’histoire pongiste du département afin qu’il reste une trace et qu’on s’inspire du passé pour réaliser de nouvelles actions.
Lors de ces quatre années quelles ont été tes joies, tes déceptions et ton plus gros chantier ?
Mes joies ont été d’échanger avec les dirigeants des clubs pour réaliser l’ouvrage et donc ce fut un gros chantier de recherches et de rédaction. Le mot déception est peut-être un peu fort. J’aurai forcément aimé relater davantage de faits mais il faut faire des choix et parfois les sources n’étaient pas au rendez-vous notamment quand les dirigeants sont récents et que la transmission ne s’est pas faite idéalement.
Que reste-t-il à faire au comité et notamment sur le volet emploi ?
Il reste à sécuriser l’emploi notamment quand les subventions disparaitront. Tous les clubs du Cher sont dans cette situation et seul la mutualisation à l’instar de TT Sud Cher avec Lignières et St Amand est propice à pérenniser les emplois et donc le développement de l’activité.
Tu es également salarié à la Ligue du Centre Val de Loire. Quelles sont tes missions précises ?
Mes missions sont diverses et variées : gestion du site internet, réalisation d’outils de développement, actions spécifiques auprès de certains publics (handisport, sport adapté…), recherche de financement (subventions…), animation et suivi du projet associatif, gestion administrative notamment des formations…
Comment pourrais-tu qualifier la relation entre les bénévoles et les salariés dans le milieu du tennis de table ?
Cela doit être une relation de confiance réciproque où chacun doit comprendre l’autre. Le bénévole a peu de temps mais est désintéressé, il doit déléguer des tâches au salarié tout en respectant le code du travail. Le salarié a plus de temps mais a un coût. Il doit être force de proposition tout en s’attachant à laisser la décision finale aux élus. Il doit aussi rendre des comptes de son activité en essayant de la pérenniser dans l’intérêt du tennis de table et de son emploi et cela passe aussi souvent par une part de bénévolat. Les plus grosses structures sont inscrits depuis plus de 30 ans dans l’emploi et sont habitués à ce fonctionnement. Pour les autres, un gros travail sur la fonction employeur reste encore à faire.
Quel est ton rôle dans l’ETR et peux tu nous préciser le rôle de cette instance ?
Au sein de l’ETR, je coordonne avec Nicolas Métaireau les actions de développement et de formation, le compte-rendu et donc le lien avec les élus pour proposer au vote les actions discutées. L’Équipe Technique Régionale réunit les salariés de ligue et de comité pour développer la politique technique de la région sur le développement, la formation et l’accès à haut niveau. Elle a été constituée par décret par la DRDJSCS.
Dans la partie développement de ton activité, tu es confronté à des départements très différents en termes de culture, de nombre ou de niveau pongiste, comment abordes-tu cette problématique pour uniformiser les actions ?
L’idée n’est pas, plus d’uniformiser les actions mais plutôt de diffuser les bonnes pratiques afin que quand il y a un souci on expérimente de nouvelles actions, réformes. Le monde est en grande évolution et il est indispensable de ne pas rester dans des certitudes.
Un article du Berry républicain vient de saluer la parution d’un livre sur l’histoire du tennis de table dans le Cher. Peux-tu nous décrire les grandes étapes de la réalisation de cette « encyclopédie » ?
Les deux premières saisons ont consistées à collecter les informations. La 3ème saison, la rédaction a débuté et elle s’est conclue la dernière saison par la mise en page. Je tiens à souligner que, si j’ai été l’instigateur du projet, celui-ci n’aurait jamais pu se réaliser sans le concours des dirigeants de clubs, de Gilles Bigarre (formidable archiviste), d’Adil pour la couverture et bien d’autres.
Et comme Président de Vierzon Ping, qu’observes-tu entre la politique de développement et le terrain ? Quels sont les principaux obstacles pour une association ? Dans ton club, un cadet, Elias vient de se maintenir au critérium en N2, peux tu nous décrire son parcours ?
Entre le désir et la réalité, il y a un monde d’écart. Pour accomplir un projet, il faut beaucoup de patience (ne pas croire qu’on va réussir du premier coup, une ferme volonté (passion) et du travail (des heures à consacrer). Quand on est en haut, il faut rester humble et quand on est en bas, il faut un optimisme à toute épreuve pour rebondir. Elias est une grande satisfaction pour le club. Il a débuté à 5 ans suivi par ses parents. Il n’était pas le meilleur initialement mais sa passion, sa force de travail et son intelligence de jeu lui ont fait rattraper les meilleurs du département puis de la région. S’il n’a pas le volume horaire des jeunes du pôle, il est très investi tout en conservant un plaisir de jouer. Il est un modèle pour les jeunes et les adultes du club…
Nous le savons tous, la crise liée au COVID-19 laissera des traces, à ce jour, peux tu nous citer quelques chiffres sur la baisse des licenciés, quelles sont les principales inquiétudes des dirigeants et ya t’il un message d’espoir ?
Nous sommes à peu près à -20% de licenciés comme les autres disciplines. Nous ne sommes donc plus en concurrence avec les autres disciplines mais bel et bien avec les jeux vidéos, la télé et le canapé et donc la sédentarité. Néanmoins comme on dit tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, il faut donc essayer de proposer des choses nouvelles pour que le tennis de table reste une activité accessible même chez soi mais aussi que le club soit un lieu de vie propice aux rencontres et aux échanges. Les clubs qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ont réussi à mettre en place des challenges vidéo, à contacter leur adhérent pour leur proposer de voter sur le nouveau maillot, le slogan ou le logo du club… Soyons imaginatifs.
Le volet formation des arbitres, dirigeants et techniciens sont une partie importante de tes activités administratives, là encore ou en sommes nous en chiffres sur la dernière olympiade ?
L’arbitrage est très structuré avec un fort développement du nombre de formés. Ensuite, il faut parvenir à rendre actif les nouveaux diplômés et c’est un travail quotidien. Les dirigeants sont accompagnés sur des projets spécifiques comme l’emploi et nous pouvons être fier de parvenir à créer des vocations tout en aidant les clubs même si nous devons encore faire appel à des entraîneurs extérieurs à la région faute de candidats en interne. Pour les formations techniques, il faut distinguer la filière professionnelle et la filière fédérale. Beaucoup de dirigeants devraient se former pour échanger et développer davantage leur structure. A nous d’en détecter davantage.
Le volet « subventions » est aussi ton domaine, ou en est-on (Etat et collectivités locales) ? Une réunion est prévue prochainement entre les clubs du Cher, l’agent de développement du Cher ainsi qu’avec le Président du CDOS et Adrien Dodu, Qu’est ce qu’une telle rencontre peut apporter aux clubs ?
Un plan de relance du sport est en cours et reprend des dispositifs précédents. Il est très clair qu’à l’heure actuelle, le sport n’est pas la priorité de l’État alors qu’il est l’un des premiers facteurs de santé et de cohésion. A l’inverse, les chaînes de restauration rapide néfaste pour l’alimentation restent ouvertes. Visiblement notre « lobbying » n’est pas assez intense… Deux poids, deux mesures… Les structures peuvent toujours compter sur les subventions mais doivent diversifier leurs revenus. Il existe plein de moyens et la réunion prévue prochainement doit pouvoir répondre aux questions des clubs dans ce domaine.
Tu es aussi en relation étroite avec les Nicolas Métaireau, notre conseiller technique national, quels sont les domaines de coopération qui te concernent avec la technique ?
Les échanges avec Nicolas sont variés. Ils permettent de réfléchir à l’organisation du tennis de table, de faire passer des messages ou des priorités en essayant de convaincre d’un point de vue technique ou associatif. Nous collaborons pour mieux entraîner les jeunes, développer le nombre de pratiquants et détecter les futurs dirigeants et cadres techniques en lien avec les objectifs de la FFTT.
Romain, tu es marié et papa de deux petites filles. Comment arrives-tu à concilier ta vie privée et professionnelle ?
Oui, l’on peut voir cela comme ça ! Concilier vie privée et vie professionnelle n’est jamais aisé quelque soit le domaine quand on aime ce qu’on fait et donc qu’on ne compte pas ses heures. C’est un savant équilibre pour que l’un fonctionne, l’autre doit bien aller aussi. Il faut donc une très bonne organisation et parfois prendre du recul.
Pour finir cet entretien, j’ai deux questions personnelles, la première, quelle reconnaissance attends tu de ton bénévolat et d’un point de vue professionnel comment envisages-tu l’avenir de notre discipline et le tien ?
La seule reconnaissance que j’attends du bénévolat est de me sentir utile au tennis de table tout en prenant du plaisir et cela se concrétise par des résultats aux objectifs annoncés ou parfois par un simple merci d’un parent par exemple.
Le tennis de table va continuer à se professionnaliser et nous avons toutes les capacités à développer l’activité très accessible pour tous. Nous devons donc être optimistes et solidaires car nous dépendons tous les uns des autres pour notre réussite collective et individuelle.
Interview réalisée par Daniel Sambol
Voir Article du Berry Républicain sur l’ouvrage « Histoire du tennis de table dans le Cher »
